12
janv.

Article « Le professionnalisme », paru dans la Revue des œnologues n°182


Le professionnalisme, la conscience professionnelle sont des valeurs qui résonnent de plus en plus en entreprise, mais comment les percevoir et les mesurer au sein de son organisation ?

À l’heure des réseaux sociaux, de la dématérialisation et du marketing digital, nous devons nous attendre à une très forte prise en compte de cet aspect dans nos vies quotidiennes, tant personnellement que professionnellement. On nous rabâche les concepts de parcours client, d’excellence commerciale et d’efficience, mais qu’en est-il réellement ?

Prenons un exemple dans lequel chacun d’entre nous pourra s’identifier : la relation clients des entreprises nationales de téléphonie, de transports, de logiciels ou de services. En 2021, à l’ère du marketing automation censé être « personnalisé », on arrive souvent à un traitement inadmissible des clients : mauvaise prise en compte des problèmes, sans parler des plateformes téléphoniques qui vous imposent des parcours infernaux. On a tous eu ces moments où on enrage car la société qui est censée gérer notre problème ne fait pas l’effort attendu. Malheureusement le client est pris en otage, les recours sont minces et la perte de temps considérable. Un traitement de « la masse » par ces grands groupes qui ne gèrent que le profit ?

Quelle que soit l’origine, c’est bien dommage car aujourd’hui, compte tenu des datas disponibles et des outils actuels, on devrait obtenir réellement et sincèrement un service de grande qualité. Cette caricature pourrait nous faire sourire mais à bien y regarder dans notre domaine, ce manque de professionnalisme est identique avec des formes variées. Je postais en 2019 un article sur LinkedIn relatif à la conscience professionnelle qui pointait déjà ces aspects dans nos univers. Force est de constater que depuis, la situation ne s’est pas améliorée. Je dirais même qu’elle s’est aggravée. Loin de moi l’idée de donner des leçons de morale ou d’exemplarité dans cet article, mais je souhaitais pointer ce phénomène et analyser son impact sur l’image personnelle et celle de l’entreprise. La conscience professionnelle se définit comme le soin porté à son travail ou son métier. Or si on prend un peu de recul, l’impact va avoir des conséquences sur chaque salarié, chef d’entreprise mais également sur l’entreprise elle-même. Autrement dit, un manque de professionnalisme risque d’entacher votre image personnelle mais également celle de l’entreprise, ce qui est délétère à l’heure de la gestion de l’image. Commençons par le professionnalisme à titre personnel. Compte tenu de notre activité en recrutement, nous pouvons aisément établir des tendances sur plusieurs milliers de candidats évalués chaque année. J’anticipe déjà certaines remarques qui souligneraient la mauvaise réputation de certains cabinets (et malheureusement bien souvent de façon justifiée, ce qui est regrettable bien entendu). Commençons par le premier contact que nous pouvons avoir avec un candidat : 90 % des profils que nous approchons en direct ne répondent pas à nos sollicitations (mails, téléphone, LinkedIn). Je reste toujours surpris de voir également des confrères et consœurs œnologues qui ne prennent pas le temps de nous répondre. Est-ce bien professionnel de ne pas répondre à une proposition ? Trop de sollicitations ? C’est possible mais dans ce cas, faites l’effort d’un message type pour décliner cette offre, cela renforcera votre image. À date vous n’avez pas de souhaits ni de besoins, mais qui sait, demain ?

Nous observons également dans le processus de recrutement que bon nombre de CV, lettres de motivation ou dossiers de candidature sont remplis à la hâte. Or, cette première approche est fondamentale. Il est nécessaire de bien relire ces documents qui représentent votre rigueur, votre capacité à rédiger et à synthétiser des éléments. Une étude menée auprès de 2 500 recruteurs révèle que les fautes de français sont rédhibitoires pour une large majorité des employeurs – à l’écrit comme à l’oral. Un conseil : relisez ou faites relire ces documents. Je ne parle pas de quelques fautes de frappe mais réellement d’erreurs grossières. En effet, un salarié qui prend un poste de manager aura de nombreux écrits à rendre et au final, c’est l’image même de sa société qu’il engage. Les chefs d’entreprise sont formels à ce sujet : ce critère, s’il n’est pas maîtrisé, est intolérable.

Passons aux entretiens qui sont rarement préparés : les candidats sélectionnés ne prennent pas souvent l’initiative de bien connaître le poste, son univers et la société. Cela paraît évident mais malheureusement, ce n’est pas courant. Tous ces éléments sont intimement liés à votre professionnalisme et à l’image que vous renvoyez. Intéressons-nous également aux entreprises de la filière. Il est de notoriété publique que la pénurie de candidats est forte. Ainsi de nombreuses entreprises se plaignent de ne pas trouver de profils. C’est un fait mais est-ce que tous les efforts ont été consentis ? La marque employeur détermine l’attractivité d’une entreprise à attirer des candidats, mais je l’étendrais également à sa capacité à conserver ses employés. Un candidat fait deux choses en général, il regarde le site du cabinet de recrutement et ensuite observe l’univers du client. Il n’est pas rare de constater que les sites web ou les réseaux sociaux des entreprises concernées ne soient pas à jour ou ne soient pas attractifs.

Quid des intégrations « ratées » dans les entreprises avec une mauvaise considération du nouvel arrivant : l’arrivée du nouveau collaborateur a-t-elle été préparée avec professionnalisme ? Quelle image donne-t-on à ce dernier dès son arrivée ? Les missions prévues sur l’annonce et expliquées lors des entretiens sont-elles bien celles que le profil vit au quotidien ?

Un management non professionnel est devenu une des causes principales de refus d’un poste par un candidat. Un manager tyrannique, voire toxique (10 % des managers le serait d’après certaines études) détruit l’image de votre société et cela se répand rapidement dans la filière. Certaines structures sont régulièrement pointées du doigt à ce sujet. Ce n’est évidemment pas très professionnel et surtout considéré comme rédhibitoire dans le choix d’une mission. Pire, afficher des valeurs de bienveillance et de management moderne, alors que la réalité est totalement opposée, est une catastrophe pour l’image. Personnellement, nous attachons une réelle préoccupation à ce sujet et il n’est pas rare de décliner des missions pour lesquelles on observe bien que le management est contraire à nos valeurs. Les nouvelles générations seront radicales à ce sujet, elles rejetteront ce type de comportement, et c’est bien légitime.

Au-delà des considérations liées aux ressources humaines, nous l’avons déjà démontré, notre filière souffre également de manque de vision et de stratégie par certains managers ou chefs d’entreprise. Imaginez la surprise pour un salarié qui intègre votre entreprise lorsqu’il constate que celle-ci navigue à vue. Est-ce professionnel ? Un phénomène de plus en plus répandu est le « ghosting ». Du côté des candidats, il s’agit de profils qui, du jour au lendemain, ne donnent plus signe de vie lors du processus de recrutement, malgré les relances. Mais ceci n’est pas l’apanage des candidats car on le constate également de plus en plus au niveau des entreprises. Ce point avait fait l’objet d’un post et d’un sondage par Modules Team sur LinkedIn qui démontraient que de nombreuses sociétés procédaient de la sorte à l’égard de leurs fournisseurs ou partenaires.

Nous sommes tous sollicités et le rythme de travail est intense, mais un mail adressé ne me-rite-t-il pas une réponse ? Même courte et négative, cette réponse reflétera une forme de politesse et de bienveillance. Là encore, en étant un peu empathique, on pourrait se retrouver dans la situation inverse. Un manager qui ne répond pas à une sollicitation donne une mauvaise image de son entreprise ce qui peut être préjudiciable pour son attractivité.

L’image romantique de l’univers du vin que l’on renvoie aux consommateurs est parfois trompeuse. Les comportements doivent évoluer pour la rendre plus attractive et plus professionnelle. C’est un gage de réussite et de sincérité pour les entreprises qui veulent se positionner sur l’avenir.  ■